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And Linux For All

OpenSuSE 12.3 contre Mageia 3

10 Mai 2013 , Rédigé par Emmanuel PIEUX Publié dans #Distributions

Si vous cherchez une distribution Linux équipée de l’environnement de bureau KDE, vous allez inévitablement tomber sur ces deux distributions, qui représentent certainement ce qui se fait de mieux en matière d’intégration de KDE.

OpenSuSE est sortie le 13 mars dernier, Magiea devrait sortir le 18 Mai prochain. Toutes deux sont des distributions généralistes qui offrent un panel de logiciels important dès l’installation, et bien plus encore grâce à une logithèque bien fournie. Et les analogies ne s’arrêtent pas là puisqu’elles disposent d’un ensemble d’outils qui fait leur force et les distingue des autres distributions : le panneau de configuration. Appelés « centre de contrôle » dans Mageia et « centre de contrôle Yast2 » dans OpenSuSE, ils regroupent dans une seule fenêtre tous les outils qui permettent de contrôler les paramètres de l’ordinateur. Enfin, ce sont deux distributions basées sur des paquets logiciels RPM.

Alors, comment choisir l’une ou l’autre de ces distributions en apparence très similaires ?

L’offre logicielle.

Commençons par des choses simples et pragmatiques : une comparaison des principaux logiciels fournis :

 

 

OpenSuSE

Mageia

Nom

Fonction

Version

Version

Linux

Noyau qui fait tourner les basses fonctions du PC

3.7.10

3.8.12

Xorg Server

Moteur d’environnement graphique sur lequel repose l’environnement de bureau

1.13.2

1.13.4

KDE

Environnement de bureau

4.10.2

4.10.2

LibreOffice

Suite de logiciels bureautiques

3.6.3

4.0.3

Firefox

Navigateur Internet

20.0

17.0.5

Gimp

Traitement d’images

2.8.2

2.8.2

Amarok

Lecteur de musique

2.7.0

2.7.0



Comme vous pouvez le constater, il n’y a pas de différence fondamentale entre les deux. On peut noter cependant que Mageia persiste à proposer une version de Firefox complètement dépassée (ce que j’ai du mal à comprendre mais la dernière version stable existe dans les dépôts), et qu’OpenSuSE mise sur la stabilité pour la suite Libreoffice. Sinon, peu ou pas de différence marquante.

Nous allons donc creuser plus avant pour tenter de les départager et vous allez voir que finalement c’est plus facile que ce que l’on pouvait croire...

Résumé

Peu de différence entre les deux distributions pour ce qui est de l’offre logicielle de base. Certains choix sont cependant curieux, comme Firefox 17 dans Mageia et Libreoffice 3.6 dans OpenSuSE.

1 point noir OpenSuSE, 1 point noir pour Mageia.

L’installation.

Peu de choses à dire ici. Les deux distributions proposent un installateur complet mais pas forcément très simple. On est loin de la simplicité du programme d’installation de Kubuntu. Il faut cocher pas mal d’options, le partitionnement du disque dur est aisé tant que l’on ne veut pas chiffrer un partition ou que l’on veut se faire un partitionnement aux petits oignons, en séparant par exemple les partitions.

Attention d’ailleurs à OpenSuSE, qui prend ici son premier point noir : si le partitionnement du disque dur avec chiffrement semble aisé au premier abord (un clic supplémentaire seulement), il propose des volumes inadaptés. Sur mon disque de 250Go, il propose par défaut une partition de 40Go, un swap de 2Go alors que j’ai 4Go de RAM, et se contrefiche des 156Go restant. Idiot.

Mageia prend ici un point noir aussi, car le chiffrement des partitions n’est pas facile, et il faut passer par le partitionnement manuel pour arriver à ses fins. A l’heure où les distributions qui proposent cette option se contentent d’une simple case à cocher, c’est un peu compliqué, non ?

Notez tous de même que si vous décidez d’utiliser un disque entier sans chiffrement, la procédure est simple et l’installation aussi aisée d’un côté comme de l’autre.

Résumé

La procédure d’installation est complète et pourrait être simplifiée des deux côtés. Tant que l’on reste dans un partitionnement basique, tout va bien, mais cela devient un casse-tête si l’on chiffre ses partitions.

1 point noir OpenSuSE, 1 point noir pour Mageia.

La post-installation.

Le premier redémarrage est l’occasion pour OpenSuSE de prendre son deuxième point noir, si le chiffrement des partitions est activé.

En effet, la demande de mot de passe pour débloquer les partitions chiffrées s’effectue bien au démarrage, mais le clavier est en anglais seulement, et les développeurs en sont bien conscients puisque c’est noté sur l’écran !

Et là je commence à m’insurger. Je rappelle que la robustesse du chiffrement, donc de la protection de nos données dépendent directement de deux choses : l’algorithme de chiffrement et le couple longueur+complexité du mot de passe. Or, pour avoir un mot de passe complexe, il faut utiliser des caractères spéciaux (#~-_^, etc). Et ceux-ci ne sont pas placés au même endroit sur un clavier Azerty ou sur un clavier Qwerty. Donc, on a deux possibilités : soit on utilise un mot de passe simple qui ne convient pas en termes de robustesse, soit on jongle avec les caractères que l’on tape à l’aveugle. Le pied total pour ceux qui veulent se faire du mal. Les autres passeront leur chemin.

Bon, une fois connecté au bureau... OpenSuSE se prend un nouveau point noir. Parce que quand vous commencez à lancer quelques programmes, vous vous apercevez que tout n’est pas francisé. Les menus des programmes sont en anglais, et Dolphin affiche vos répertoires en version anglaise. Pour corriger tout ça, il faut lancer le gestionnaire de programmes, et là apparait une longue liste de logiciels qui nécessitent une installation. Attention, pas une mise à jour, non, une installation. Hormis la francisation des programmes, c’est aussi les codecs et Flash player qui sont installés. Mais pourquoi OpenSuSE ne le fait pas pendant le processus d’installation, à la manière de Kubuntu par exemple, qui télécharge les paquets français pendant l’opération ? Et s’il ne veut pas le faire à ce moment, pourquoi ne lance-t-il pas automatiquement le programme d’installation dès le redémarrage, pour que l’utilisateur dispose de son environnement en français ? Mystère.

Résumé

OpenSuSE n’aime que les claviers Qwerty au démarrage, ce qui ne facilite pas la saisie d’un mot de passe de partition chiffrée. Et elle n’aime pas le français dès le redémarrage du système, puisque l’utilisateur est obligé de finaliser lui-même l’installation du pack français.

2 points noirs pour OpenSuSE, 0 pour Mageia.

L’installation des logiciels complémentaires.

Avant de pouvoir utiliser son ordinateur de façon optimale, il faut installer les logiciels qui manquent par défaut et faire un peu de « tuning ».

Il est nécessaire avant cela de faire les dernières mise à jour, ce qui ne pose aucun problème sur l’une ou l’autre des deux distributions.

Après un éventuel redémarrage (si une mise à jour du noyau a été faite), on peut commencer à installer les logiciels. Par exemple, VirtualBox est absolument indispensable à mes besoins. L’installer dans Mageia se fait tout naturellement dans le gestionnaire d’installation de programmes. Une fois installé, il est utilisable immédiatement. Avec OpenSuSE, c’est plus délicat. Le programme d’installation ne fait qu’installer le programme. Il ne prend pas du tout en charge la compilation et l’installation du module du noyau nécessaire au fonctionnement du programme. Pire encore, il faut que l’utilisateur installe à la main les programmes et bibliothèques du noyau, ce qui demande une bonne demi-heure de recherche lorsque l’on ne sait pas exactement lesquels installer. Et pour le savoir, il faut se coltiner un bon vieux fichier de logs... No comment. Point noir.

Et ce n’est pas fini pour OpenSuSE. Même si la logithèque est fournie avec les dépôts officiels, il faut ajouter les dépôts Packman au minimum pour disposer de tout ce dont on a besoin. Et encore. Dans de nombreux cas, il est nécessaire d’aller chercher en ligne les logiciels qui manquent. Par exemple, installer la version 4 de Libreoffice se fait en ajoutant un dépôt dans le moteur de recherche de paquets en ligne. C’est d’ailleurs un des points forts de cette distribution. On y trouve à peu près tout ce que l’on veut, provenant de multiples sources (trop?), à la manière des dépôts PPA d’Ubuntu. Le problème n’est pas lié à ces dépôts en ligne. Le problème vient du fait que l’on soit obligé de les utiliser souvent et que cela prenne du temps. Aucune plus-value dans cette opération.

Résumé

OpenSuSE n’offre pas par défaut une grande facilité d’installation des logiciels. Lorsqu’ils sont présents dans la logithèques, certains nécessitent des actions de la part de l’utilisateur, d’autres doivent être recherchés sur le portail en ligne de l’éditeur. Mageia assure mieux dans ce domaine.

2 points noirs pour OpenSuSE, 0 pour Mageia.

Les petites choses.

Avant de pouvoir installer une imprimante dans Mageia, il faut cliquer sur l’icône correspondante dans le centre de contrôle, ce qui installera tous les fichiers et les dépendances nécessaires. Une fois ceci fait, on pourra installer toutes les imprimantes que l’on veut. Dans OpenSuSE, on clique sur l’icône idoine dans Yast, et on s’aperçoit au moment d’installer le pilote qu’aucun n’est installé par défaut ! Il faut donc les installer manuellement en cherchant les paquets. Point noir.

Les polices de caractères m’ont toujours posé des problèmes dans KDE. J’aime les polices lissées, comme c’est le cas dans Kubuntu par exemple. Et qui plus est, je n’aime pas les polices choisies par défaut dans KDE (généralement « Sans »). Je préfère la police Ubuntu ou Droid. Question de goût, certes, mais qui a son importance lorsque vous travaillez plus de 8 heures par jour avec. Le lissage dans les deux distributions n’est pas opérationnel dès le premier reboot. Pour qu’il le soit, il faut l’activer dans les options d’affichage de KDE (options « Slight » et « RVB »), et il faut installer une bibliothèque spécifique qui se chargera de lisser les polices dans les programmes non-KDE (Firefox et Libreoffice par exemple). Cette opération, si elle fonctionne dans Mageia, ne fait rien dans OpenSuSE, qui se retrouve avec des polices non lissées très moches.

Finissons avec les performances, sans rentrer dans les détails. Très proches l’une de l’autre, nos deux distributions sont très réactives (merci KDE 4.10) et très agréables à utiliser, sauf lorsqu’il s’agit de copie de fichiers, qui mange pas mal de ressources, jusqu’à ralentir la machine. Plus inquiétant, le phénomène semble se reproduire avec OpenSuSE même lorsqu’il n’y a pas de copie de fichier. Impossible de savoir quel process ralentit la machine. Point noir.

Résumé

Les petits détails sont plus faciles à gérer dans Mageia que dans OpenSuSE. C’est beaucoup plus lourd ou compliqué avec le second.

3 points noirs pour OpenSuSE, 1 pour Mageia.

A l’heure du bilan.

J’ai conscience que ce dossier est très « à charge » contre OpenSuSE. C’est vrai. Mais ce n’est que le résultat de mes observations et de mon expérience, sur une seule machine. Il faut donc relativiser. Mon expérience n’est pas votre expérience. Encore une fois, cet article n’engage que moi et c’est à vous de vous faire une idée.

Reste qu’il faut prendre une décision. Et pour moi, c’est sans appel : Mageia vainqueur. Trop de points noirs pour sa concurrente directe viennent entacher l’expérience utilisateur, notamment pour les débutants. Et même pour les autres. C’est dans l’air du temps : simplicité fait loi. Dès que c’est trop compliqué, l’utilisateur décroche, y compris moi. Passer du temps pour compiler un module du noyau pour faire fonctionner un programme n’a aucune valeur en soit. Certains adorent, moi pas. Nous ne sommes pas dans Arch Linux ou Gentoo. Simplicité, c’est le mot qui gouverne Ubuntu et ses dérivés et certainement ce qui explique qu’elles soient si connues et utilisées. Mageia pourrait être un bon outsider, ce qui semble se confirmer à bien regarder les chiffres sur le site Distrowatch.

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