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And Linux For All

Test d'OpenSuSE 13.2

23 Novembre 2014 , Rédigé par Emmanuel PIEUX

J'ai vécu beaucoup d'aventure avec SuSE. Déjà au temps lointain ou elle s'appelait encore SuSE Linux, je l'avais testé, validé, et utilisé longuement. C'était au temps des CDROM, des ordinateurs peu portables et des processeurs à 1Ghz.

Depuis, elle n'est pas restée longtemps sur mes ordinateurs successifs. Il y avait toujours quelque chose qui clochait, toujours une autre distrib' plus facile à utiliser, plus compatible avec mon matériel de l'époque. Même les versions récentes, en 12.x et 13.x ne m'ont jamais totalement convaincu, malgré les progrès évidents dont elles ont bénéficié et leurs atouts non négligeables, comparés à d'autres du même type.

Encore une fois j'ai essayé, et voici ce que j'ai pu constater.

OpenSuSE remanié par mes soins pour coller à mes habitudes.

OpenSuSE remanié par mes soins pour coller à mes habitudes.

Une installation simplifiée

Il faut reconnaître que l'assistant d'installation d'OpenSuSE a toujours été très complet et puissant. Le revers de la médaille, c'est la multitude de questions et paramètres que l'utilisateur est en droit de fixer, et qui complexifie – inutilement pour beaucoup d’utilisateurs – le processus. De plus, l'utilisateur est créé au premier redémarrage de la machine et non pas directement pendant l'installation initiale. Je me suis toujours demandé pourquoi. En tout cas, l'impression générale de l'installation de cette distrib' est plutôt du genre « power user » plutôt que grand débutant. D'ailleurs, le gestionnaire de partitions est à lui seul une bête de course, qui permet de partitionner son ou ses disques durs aux petits oignons.

La nouvelle version a été simplifiée. D'abord, l'utilisateur principal est créé lors du processus initial. Ensuite, les écrans me paraissent moins nombreux et moins complexes que les précédents.

Mais ce n'est pas tout. En demandant la modification du partitionnement de base, qui est d'une bêtise à faire pleurer l'idiot du village de jalousie, on peut facilement créer un système de partition en LVM chiffré. Ce système très sûr rend illisible les partitions à quiconque trouverait l'ordinateur sans avoir le mot de passe de démarrage. C'est une fonctionnalité que Fedora et Ubuntu proposent depuis quelques années maintenant. Elle est simple à paramétrer dans OpenSuSE : quelques cases à cocher et le tour est joué.

Au fait, un petit conseil si vous décidez de tester : choisissez le système de fichiers Btrfs plutôt que celui qui est proposé par défaut. Nous allons voir plus loin pourquoi.

Dernier point sur l'assistant d'installation, en forme de critique. Malgré mon disque de 240Go, le partitionnement alternatif qui m'a été proposé ne comportait qu'une partition « / » de 40Go et un swap de 2Go, alors que j'ai une RAM de 8Go. Adieu dans ce cas l'hibernation. Il a donc fallu que je modifie la taille du swap (à 8Go) et la taille de la partition principale, ce qui se fait sans trop de douleur via le partitionneur que j'ai évoqué plus haut. Mais cette étape aurait certainement pu être évité… J'ai bien essayé de cocher la case d'extension du swap pour l'hibernation, mais le résultat a été catastrophique. Le système ne voulait plus créer de partition correcte. Bref, du boulot encore pour simplifier le partitionnement.

A retenir :
Une installation simplifiée par rapport aux anciennes versions.
Quelques soucis de paramétrage des partitions si l'on sort de la configuration proposée.

Un atout indéniable : Btrfs natif.

Un facteur de puissance d'OpenSuSE vient du support natif du protocole Btrfs (prononcer better fs), qui lui-même a l'avantage de gérer les snapshots, les extensions dynamiques de partition sur plusieurs supports physiques, etc.

Ce qui m'intéresse le plus dans ce lot de fonctionnalités, c'est indubitablement les snasphots dynamiques. Qu'est-ce donc que ces bestioles ?

Un snapshot est une sorte de photographie à un temps T du système de fichiers. A partir du moment où ce snapshot est pris, toute modification effectuée dans le système de fichiers peut être annulée pour revenir à la photographie initiale. Ainsi, n'importe quelle modification sur des fichiers, systèmes ou utilisateurs, pourra être annulée simplement.

Le système gère seul la prise des snapshots. Par exemple, le lancement du gestionnaire de mise à jour ou du gestionnaire de logiciel provoque la création d'un snapshot. Ainsi, si les logiciels installés rendaient instables le système, il serait possible d'annuler leur installation d'un simple clic.

OpenSuSE propose un petit outil, Snapper, qui prend en charge la gestion des snapshots dynamiques. L'utilisateur pourra à loisir créer ses propres snapshots, voir les modifications effectuées avant et après chacun d'entre eux, et revenir en arrière à loisir. Puissant non ? Et super simple à utiliser avec cet outil.

Snapper est un outil simple et complet pour gérer ses snapshots systèmes.

Snapper est un outil simple et complet pour gérer ses snapshots systèmes.

A retenir :
Snapper gère parfaitement les snapshot Btrfs.
Sécurité accrue lors des modifications systèmes.

Premier redémarrage, toujours la loose.

Lorsque le système redémarre pour la première fois, il demande de déverrouiller le système de fichiers si l'utilisateur a décidé de chiffrer ses partitions. Point positif, on peut désormais taper son mot de passe en français. Eh oui, avant cette version, c'était clavier anglais obligatoire. Avec un mot de passe complexe, c'était une vrai gageure. Le problème est enfin résolu.

Dès que l'on arrive sur le bureau de KDE, un popup de mise à jour s'affiche. Il est tout à fait normale d'avoir des mises à jour dès le premier lancement du système, le processus d'installation ne téléchargeant pas celles-ci automatiquement. Ce serait une bonne chose si cela fonctionnait correctement. Hélas, ll semble que le processus de mise à jour ne fonctionne que de façon épisodique. Sur trois installation sur deux ordinateurs différents et un machine virtuelle, le processus était en échec deux fois sur trois. Comble du bonheur, le processus packagekitd, responsable de la surveillance des mise à jour, empêche le lancement de tout autre outil logiciel. Un petit kill à la main résout le problème, mais c'est pas propre.

Une fois les mises à jour installées grâce à Yast, on redémarre pour être sûr que tout est ok. Le redémarrage s'effectue sans souci, mais tout est en anglais. Pourtant, lors de l'installation, on a bien demandé du français. Encore un petit tour dans le gestionnaire de logiciel résout le problème, mais il faut installer quelques centaines de Mo de logiciels supplémentaires, et notamment toute la partie française de ceux-ci. Pourquoi ne pas le faire pendant l'installation, c'est un mystère. Des distribs comme Ubuntu ou Fedora chargent les paquets linguistiques dès l'installation, pour que l'utilisateur aie un système réellement prête à l'emploi dès le redémarrage, à quelques mises à jour prêt. OpenSuSE non. Pourquoi ? Mystère. Et rien ne vous prévient qu'il faut le faire. Bon, vous êtes grand, il faut vous débrouiller…

Et dire que ça fait des années que c'est comme ça.

A retenir :
Le système n'est pas utilisable dès le premier redémarrage.
Les mises à jour et la fin de l'installation sont à la charge de l'utilisateur.

OpenSuSE Build Service et les logiciels

C'est un peu l'équivalent des PPA pour Ubuntu, un service accessible par Internet où chacun peut compiler et déposer ses logiciels. En général, on y trouve tout ce qui n'est pas par défaut intégré dans la distribution. C'est ainsi que l'on peut trouver la dernière version de KeepassX, qui n'est encore en beta-version, ou les paquets de lissage de polices Infinality, deux paquets totalement indispensable pour moi.

Il suffit donc d'aller sur le site OpenSuSE, de faire une recherche de logiciel, de cliquer sur la bonne version, puis de cliquer sur un bouton qui va se charger de tout : ajouter le dépôt sur l'ordinateur, télécharger le logiciel visé et l'installer. C'est, je l'avoue, un peu plus pratique que les PPA d'Ubuntu, qu'il faut ajouter en ligne de commande.

En ce qui concerne les logiciels par défaut, je dois reconnaître qu'il m'en manque toujours quelques-un. Le recourt aux dépôts en ligne est donc nécessaire, comme le fameux dépôt Packman, qui contient pas mal de logiciels non-libre mais néanmoins utiles. Néanmoins, ceux qui sont installés par défaut sont très récents et ne souffrent pas de la comparaison avec d'autres distributions du même type.

OpenSuSE build service est une mine de logiciels facile à utiliser.

OpenSuSE build service est une mine de logiciels facile à utiliser.

A retenir :
Une collection monumentale de logiciels accessible en quelques clics.
Passage obligatoire pour certains logiciels introuvables dans les dépôts officiels.

Yast, centre de contrôle historique

Il faut bien reconnaître que Yast est certainement le plus complet des centres de contrôles, surpassant même celui de Mageia.

On y trouve absolument tout ce dont nous avons besoins pour gérer finement l'ordinateur, que ce soit au niveau logiciel, matériel, système, réseau, sécurité, virtualisation, etc. Il est difficile de prendre à défaut cet ensemble d'outil tant il est complet et les outils bien pensés. De plus, il a été réécrit récemment et il est plus rapide que l'ancien, tout en gardant les mêmes fonctionnalités.

Un petit reproche tout de même : certains outils sont redondants avec le centre de configuration de KDE, comme la gestion des imprimantes. C'est un peu bête, inutile et surtout source d'erreur pour le néophyte.

Yast est toujours aussi complet et puissant, et plus rapide depuis sa réécriture complète.

Yast est toujours aussi complet et puissant, et plus rapide depuis sa réécriture complète.

A retenir :
Le centre de contrôle le plus puissant toute distribution confondue.
Des redondances avec le panneau de configuration de KDE.

Quelques accros subsistent

S'il en est un qui est vraiment pénible, mais qui ne touche pas tout le monde heureusement, c'est la gestion du multi-écrans. Ce n'est pas dû exclusivement à OpenSuSE, mais plutôt à KDE, car je retrouve ce problème sur toutes les distributions qui offre cet environnement de travail, Kubuntu compris.

Le problème vient du fait que la configuration des deux écrans ne semble pas sauvegardée. Par défaut, l'écran principal et le secondaire sont bien gérés, c'est à dire que le second est à droite du premier et étend la résolution horizontale. Mais dès que l'on change d'écran secondaire, c'est la cata. Et pire encore si l'on revient à son écran habituel après avoir utilisé un autre. Les distributions à base de Gnome sont beaucoup plus cool à ce niveau, et gardent toujours la bonne configuration, quels que soient les écrans que l'on connecte à l'ordinateur. Mais encore un fois, ça ne touche pas tout le monde, ce qui limite les impacts.

Sinon, j'ai pu constater des difficultés à gérer correctement les drivers de carte graphique propriétaires. Autant l'installation et la première configuration se passe bien, autant l'installation des pilotes graphiques peut poser problème. En tout cas, après les avoir installés (pilotes Nvidia propriétaires dans mon cas), je n'ai eu droit qu'à un bel écran noir au redémarrage. C'est peut-être un cas particulier, mais c'est le truc qui me rebute. Qui a encore envie de se prendre la tête avec des problèmes de cartes graphiques à l'heure actuelle ? Et le néophyte ? Comment va-t-il s'en sortir s'il se retrouve face à un bel écran noir ?

A retenir :
Mauvaise gestion du multi-écrans.
Attention aux drivers propriétaires de cartes NVidia.

Alors, pour qui ce cru 13.2 ?

Des progrès, des progrès, mais toujours les mêmes faiblesses. C'est fort dommage. En prenant de l'âge cette distribution devient meilleure, utilisable par un plus grand nombre, et innove dans certains domaines comme l'utilisation de Btrfs par défaut et ses snapshots.

Reste que je la conseillerais à des utilisateurs de niveau moyen minimum. Eux vont s'éclater avec et profiter de toute sa puissance et ses facultés de paramétrage. Les néophytes risquent d'avoir des problèmes, je ne leur conseillerais donc pas. Peut-être la prochaine version ?

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Antoine 20/04/2016 10:06

Très complet bravo !